Bikepacking en Norvège : les conseils de Sophie Gateau.

La North Cape 4000

Alors, la North Cape 4000, est une épreuve cycliste sur route qui en réalité faisait 4600km (ce qui fait tout de même une sacrée différence) l’année où je l’ai roulée, et ça commence au nord de l’Italie, pour traverser toute l’Europe et aller au nord de la Norvège, en passant par la Suisse, la France, le Luxembourg, l’Allemagne, puis tout le Danemark, où tu prends un ferry pour rejoindre Oslo. Une fois à Oslo, tu traverses un petit bout de la Norvège, pour tout de suite entrer en Suède, que tu remontes entièrement, et tu arrives aux Lofoten. Et là c’est vraiment magnifique, des paysages complètements fous, des rennes, des élans, et même parfois des baleines pour les plus chanceux.

Donc tu traverses les Lofoten, et tu finis au Cap Nord. Et c’est juste in-cro-yable. C’est vraiment parmi les plus beaux paysages que j’ai pu voir dans ma vie. Vous allez ki-ffer ! C’est OUF ! Des paysages tellement magnifiques et incroyables ! C’était une véritable révélation.

Comment te sens-tu avant de commencer une aventure pareille ?

Morte de trouille, évidemment ! Puisque tu ne l’as jamais fait, tu ne sais pas si tu vas y arriver ! C’est l’inconnu ! Mais c’est ça qui est stimulant, c’est d’explorer l’inconnu. Son inconnu.

Clairement, le premier bivouac, toute seule, au bord de la route… tu ne fais pas la maligne ! Parce que tu ne sais pas, t’as peur, t’es pas à l’aise, t’es pas rassurée… Et puis la distance, rouler de nuit, etc. Mais une fois que t’as passé le cap, une fois que tu te rends compte que tu l’as fait, que c’est faisable, t’y prend vraiment goût ! C’est vraiment excitant de dépasser ses propres peurs.

Et puis au pire t’abandonnes. Abandonner ce n’est pas grave, ça arrive à tout le monde. Il y a tout un discours de “t’es nul si t’abandonnes“. Baaaah… non ! Il vaut mieux abandonner que de se faire mal ! Parfois ça demande du courage d’abandonner. Et d’ailleurs, un abandon est souvent bien plus enrichissant qu’une victoire !

Comment te sens-tu à l’arrivée d’une aventure pareille ?

T’es tellement contente ! Déjà, t’es contente que ça soit fini. Et t’es encore plus contente parce que tu réalises que t’as réussi à le faire, que t’as dépassé tes peurs.

Ma plus grosse émotion, c’était en arrivant au Cap Nord. Je l’ai fait en 23 jours, je crois. Quand t’arrives enfin, après 23 jours, à coup de 200-250km par jour, je peux te dire quand tu vois l’arrivée, t’es euphorique ! Et puis en plus, t’es tellement au bout de ta vie, qu’il t’en faut vraiment peu en termes d’émotions. Mais c’est ÉNORMÉMENT d’émotions. Quand t’arrives au bout d’un truc dont tu ne te pensais pas capable… c’est ouf.

L’irrésistible paradoxe de l’inconfort

Considères-tu la North Cape comme ton plus gros défi ?

Oui et non ! Dans l’absolu, oui, ça a été mon plus gros défi à ce jour. Mais finalement, mon premier trip de 60, 100, ou 400km, à l’époque je le percevais comme un sacré défi aussi ! Parce que c’était un voyage dans l’inconnu à chaque fois ! Mais c’est justement hyper chouette de pouvoir constater sa progression ainsi, et aussi d’apprendre et découvrir de nouveaux trucs à chaque fois !

Mais plus tu roules, plus tu « t’auto-entraines ». Et je me suis surprise à découvrir que sur les derniers jours de la North Cape, faire 200-250km par jour, c’était presque comme du velotaff ! J’exagère évidemment, mais il y a une sorte de routine qui se met en place, comme une sorte de mémoire musculaire, et t’apprends à gérer ces efforts avec le temps, c’est hyper cool de se sentir évoluer et progresser comme ça.

Mais alors, selon toi, pourquoi s’infliger tout ça ?

Personnellement : pour voir jusqu’où je peux aller. Parce que finalement tu commences avec un 60km, et c’est très dur. Puis tu te rends compte qu’en faisant un peu de vélo régulièrement tu finis par y arriver sans trop de difficultés. Et au fur et à mesure, tu progresses, tu progresses, et tu t’inscris à une BTR, puis à la North Cape. L’idée n’est pas d’aller vite, mais d’aller loin. C’est ça qui me plaît. L’idée n’est pas de me faire mal ou de souffrir, mais vraiment de découvrir comment je gère ce type d’épreuve. Et finalement tu te rends compte que tu peux le faire, et donc que quiconque peut le faire, et c’est tellement stimulant ! Parce que j’ai beaucoup entendu de “ouais, c’est trop dur, tu ne vas jamais y arriver“, etc. Mais finalement, il n’y a qu’un seul moyen de le savoir !

“L’idée n’est pas d’aller vite,
mais d’aller loin.”

Et certes, il y a des moments inconfortables, mais avec le recul tu souris en y repensant, et dans l’absolu, ce n’est rien de grave. Il n’y a pas de drame. Quand tu pars plusieurs jours en bivouac comme ça, t’as une tenue, peut-être un change, et tu te rends compte que finalement t’as besoin de rien, à part à boire, à bouffer et une nuit si possible au sec. Quand tu voyages à vélo, un simple sandwich se transforme en Graal. Ou même un café, ou un passage à la boulangerie, ça prend tout de suite une autre dimension. Et quand tu prends conscience de ça, ça te fait relativiser beaucoup de choses.

Et puis à part ça, tu découvres le monde, tout simplement. Moi je ne connaissais pas du tout la Scandinavie, et il n’y a vraiment pas de meilleur moyen que le vélo pour découvrir un pays ou une région. Chaque sortie, chaque voyage, chaque aventure est une opportunité d’apprendre quelque chose. Même avec de l’expérience, tu auras toujours quelque chose à apprendre !

Et pourquoi s’infliger le bivouac ? Pourquoi pas une bonne douche chaude à l’hôtel dans un lit douillet ?

L’avantage du bivouac c’est vraiment la liberté ! Tu t’arrêtes quand tu veux ! Au début t’es un peu un rookie, tu ne sais pas trop comment faire, puis finalement tu prends le pli et tu te rends compte qu’en fait tu peux bivouaquer un peu n’importe où. Alors que l’hôtel, il faut quand même plus ou moins le réserver un peu en avance, donc soudainement t’as un objectif à atteindre, ou au contraire, si tu te sens bien et que t’as envie de continuer, t’es un peu déçu de devoir t’arrêter.

Mais après, faut aussi dire que l’hôtel de temps en temps c’est quand même cool ! Ne serait-ce que pour faire sécher ses affaires s’il a fait un sale temps. Sur la North Cape, j’avais mal anticipé la météo, vu que je ne connaissais pas cette région. Mais en fait, il fait humide tout le temps ! Et finalement j’y ai fais assez peu de bivouac, tout simplement parce que je n’avais pas prévu le bon équipement. Mais ce qui est chouette là-bas c’est que tu peux t’installer n’importe où tant que t’es à plus de dix mètres d’une habitation.

Vivre et survivre la North Cape 4000

Comment t’es-tu préparée pour cette aventure ?

Ma préparation s’est finalement faite au fil des ans, avec les distances que j’allongeais. Il faut surtout rouler régulièrement. Personnellement j’ai refait la BTR quelques mois avant, sur laquelle il y a eu beaucoup d’imprévus à cause de conditions climatiques exceptionnelles. Du coup beaucoup de gens ont abandonné, mais je me suis dit qu’il fallait vraiment que j’aille au bout si je voulais me sentir prête et rassurée pour la North Cape. Donc sur cette BTR je me suis retrouvée au milieu de la pampa à refaire mon tracé sur Komoot suite à des fermetures de cols inattendues, et c’est vrai que leur app est vraiment pas mal pour des changements impromptus sur ton itinéraire.

Et sinon une bonne préparation consiste à rouler sous la pluie plusieurs jours. Ça te permet de te tester dans les conditions les plus difficiles, mais aussi ton équipement. Ça va te permettre de te rendre compte que t’as pas forcément le bon équipement, qu’il y a des choses à changer ou à améliorer. Il faut vraiment être sûr de son matos, il faut tout avoir testé. Ne jamais partir sur une grosse aventure avec des trucs tous neufs.

Y a-t-il eu des moments où tu as voulu abandonner ?

Ouais ! Il y a vraiment eu un moment horrible où je me disais “mais qu’est-ce que je fous là sérieux, ça devient ridicule !” Et en plus c’était pas si loin du but, c’était à 1000 km de l’arrivée.

Je voulais tracer au plus vite pour rejoindre le dernier ferry à 400km de là, sans dormir, mais après 2 semaines de route, j’étais plus fatiguée que je ne le croyais. Bref, à un moment, j’ai voulu me reposer quelques heures vite fait dans une cabane d’arrêt de bus, mais j’ai eu la flemme de sortir tout l’équipement de mes sacoches : mon sac de couchage, mon bivy, etc, à l’arrache quoi. Évidemment, ça ne m’a pas apporté le repos et l’énergie nécessaire pour continuer sereinement le lendemain. Ça a été une véritable erreur sur ce coup-là.

L’autre erreur a été de m’être dit “je vais arriver à faire les 400 kilomètres d’une traite, c’est bon“. Alors que parfois il faut vraiment s’écouter. Ça demande du courage et de la force mentale aussi d’arrêter, de prendre une pause. Parfois on est tellement obnubilé par l’arrivée, par notre objectif, qu’on en oublie de s’écouter.

©Sophie Gateau – Pendant la North Cape 4000

Tu nous évoquais tes amis qui t’encourageaient en suivant ta trace en direct sur internet : ils ont vraiment eu un impact ?

Oh oui ! Un impact énorme ! Quand t’es toute seule, que tu croises personne pendant des jours, lire les messages de tes potes sur ton téléphone, ça te change vraiment ta journée. J’avais une pote en particulier, Géraldine (bisous Géraldine !), qui fait beaucoup de longue-distance, qui veillait à m’envoyer un petit message tous les jours. Et avoir cette petite présence chaleureuse, d’une façon ou d’une autre, sur ce type d’épreuve, c’est vraiment encourageant ! J’ai vraiment pu tenir jusqu’au bout grâce à eux ! Dans les moments difficiles, ça m’a vraiment remonté le moral.

Du bmx au fixie, en passant par le vélo de route, le velotaff et bien sûr le gravel et le bikepacking, une seule chose m'anime : photographier et partager mes aventures.

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