Portrait : Le Pedalistan

Il y a quelques semaines, on faisait notre premier portrait avec le couple de “En Selle Voyage” et on s’est aperçu que vous étiez nombreux à vouloir en savoir plus sur ceux qui nous font voyager depuis Instagram, ceux qui ont choisi de se lancer dans de longues aventures à vélo à travers le monde. 

Pour ce second Portrait, on a la chance de pouvoir discuter avec Le Pedalistan a.k.a Clotaire Mandel. 

Pour ceux qui ne le connaissent pas, son CV à vélo est alléchant. 28 ans, voyageurs à vélo sans destination finale, il affiche actuellement 32 110 km au compteur pour 776 jours de vélos ( et seulement 12 crevaisons ! ). Clotaire a visité et traversé une quarantaine de pays et en rapporte toujours des photos et des rencontres uniques. Car elle est bien là la quête de ce jeune infirmier, vivre l’aventure et la partager avec les gens qui vivent dans les pays, s’ouvrir à l’inconnu pour en apprendre d’avantage sur les gens et les cultures. 

Hello Clotaire, merci tout d’abord de répondre à nos questions. Pour commencer et être sûr de ne pas se tromper, peux-tu nous dire où tu te trouves actuellement et vers où tu te diriges ?

Hello ! Et surtout merci à vous de vous intéresser à mon humble périple. Alors pour le moment je suis à Auckland en Nouvelle Zélande. Dans l’immédiat, le seul endroit où je me dirige c’est au travail ahah…
Mais l’idée c’est de laisser passer l’hiver (saison inversée dans l’hémisphère sud) en remplissant les caisses. De là je vais traverser du nord au sud les îles de NZ, puis me diriger vers Bangkok ou Pékin si la situation s’améliore. 

On sait que tu n’as pas de destination finale, mais toute aventure commence bien quelque part. Alors d’où es-tu parti et surtout, raconte-nous ce qui t’a donné envie de te lancer dans ce voyage…

En effet, ni plan ni destination. Je suis parti de Saint Quentin, en Picardie, un matin ensoleillé de mai 2018. Ce que beaucoup ne savent pas c’est que j’ai passé une bonne partie de ma vie à voyager. Je veux dire, à partir du moment où j’ai eu fini mes études, je n’ai fais presque que ça. Donc ce n’est finalement que la suite logique des retours multiples. L’envie, surtout, de faire disparaître la notion de voyage et d’accepter ceci comme ma vie à part entière, comme occupation à plein temps. Et aussi le fruit de l’alignement des conditions : temps, argent, maturité, absence d’accroche, détermination.

L’envie, surtout, de faire disparaître la notion de voyage et d’accepter ceci comme ma vie à part entière,

La route qu’a déjà emprunté Clotaire !

Ce n’est pas compliqué de partir seul ? Est-ce qu’on se prépare autrement pour un voyage en solitaire ? ( même si on sait que tu as eu des visites d’amis sur quelques kilomètres ).

Alors c’est plutôt cocasse. Pour quelqu’un qui voyait dans ce voyage une forme d’ascétisme et de distanciation sociale (avant que ça devienne à la mode), j’ai finalement beaucoup roulé accompagné.
Déjà j’ai fais mes premiers tours de roues, et ce jusqu’à Téhéran, avec un ami. Puis les choses se sont enchaînés de manière naturelle, en rencontrant des gens par pur hasard. J’ai roulé seul comme j’ai parfois roulé dans un groupe de six !
Je ne trouve pas ça compliqué à partir du moment où cela émane d’une volonté personnelle et si le projet est clairement axé là dessus.

Et quand à la préparation, c’est dans un premier temps comprendre ce qu’être seul, loin et longtemps, signifie. Mais rien ne prépare vraiment aux jours mornes, grisâtres et pluvieux où la solitude pèse de tout son poids. Dans un second temps, c’est penser son matériel pour être autonome et le plus indépendant possible. En d’autre termes, apprendre à compter sur soi même !

En tout cas j’aime rouler seul pour disposer d’une pleine liberté de décision. Mais partager une bière avec les compagnons de route au coucher du soleil, ça n’a pas de prix non plus.

Comment tu as vécu la phase d’organisation/ préparation ?

Bonne question. Pour moi il n’y a pas eu de réelle phase de préparation/organisation. Déjà parce que date de départ et direction furent plutôt le fruit de décisions de dernière minute. Et ensuite parce que je n’étais plus qu’un coup de vent depuis pas mal de temps. Ni logement ni travail fixe. Rien à quitter, pas de contrat à rompre, d’appartement à rendre. Pas d’effusions, tout au plus quelques au revoir. J’aime cette idée de discrétion, de vivre pleinement pour soi, mais sur la pointe des pieds dans le coeur des autres. C’est plus facile de partir et de ne pas rentrer.

Je bossais au Maroc avant de partir. Je suis rentré en France demander un nouveau passeport, le premier étant plein ! J’ai préparé mes affaires, attendu que mon pote soit prêt, puis je suis parti sans tambours ni trompettes. Comme si j’allais chercher le pain. Sauf que je vais mettre plusieurs années avant de rentrer avec la baguette !

C’est plus facile de partir et de ne pas rentrer.

Qu’appréhendais-tu le plus pour ce voyage solitaire ?

Probablement d’être lassé de tout ça plus vite que prévu, et de rentrer sans avoir traversé tous les continents que je veux traverser. Et aussi la solitude sentimentale. Pas de tendresse, de complicité.
Ces derniers points se sont avérés vrais. C’est assez brutal parfois. La Route est impitoyable. On trouve la tendresse et l’amour ailleurs, mais ça prend du temps. C’est long de désapprendre les acquis pour épouser l’idée d’une nouvelle conception de ces belles et douces choses. D’apprendre à les percevoir, les saisir et les assimiler autrement.

Il y a eu des moments où tu voulais être (ou rentrer) chez toi ? Abandonner en quelques sortes… Qu’est-ce qui t’as poussé à continuer ?

Je m’étais dis que pour chaque soir de doute je dessinerais une croix sur mon matelas. J’en ai crevé pas mal des matelas, et aucun n’a reçu de croix. Je n’ai jamais voulu abandonner.
La seule chose qui te donne parfois envie de rentrer, ce sont de petits détails qui te renvoient à ta ville, tes amis, ta famille. Mais ce qui m’a permis de continuer c’est justement ma capacité à m’anesthésier. À faire disparaitre mes pensées lorsqu’elles étaient trop envahissantes, de peur de faire naître le doute et de prendre de soudaines décisions. Décisions que je sais pertinemment être le résultat d’un fort désir passager, mais qui me rendrait assurément malheureux un peu plus tard.

Assez amusant d’ailleurs, je rêve de temps à autre que je suis rentré en France. Et c’est souvent réveil en larmes et en panique. C’est fou de comprendre à ce point ce que l’on veut, et que ça puisse transparaître durant son sommeil…

Mais plus prosaïquement, la pandémie en cours a réussi à me faire brièvement douter de ce que je devais faire. J’ai frôlé la catastrophe financière, et sans l’aide bienveillante de ma famille je serais surement en France. 

La question classique mais souvent très intéressante : Peux-tu nous raconter un souvenir inoubliable et un souvenir douloureux de ton aventure ?

Le grand classique en effet. Pour le souvenir inoubliable, je crois que l’entièreté, depuis les premiers coups de pédales sont ce souvenir inoubliable. Un profond bonheur et le sentiment d’être à ma place.
Mais ok, s’il faut en choisir un, je dirais peut-être la vue du panneau “South Africa 4km” au sud de la Namibie. J’en ai les larmes aux yeux rien que d’y penser. C’était euphorisant, intense. Ce continent immense, mystérieux, fabuleux que nous venions de traverser. Faisant fi des conseils de bien pensance sur le danger, l’impossibilité… Et puis la folle impression d’avoir achevé quelque chose.

Le plus douloureux, c’est surement la déception amoureuse en cours de route. Incompréhension et perte de motivation passagère. Coup classique aussi hein. Sur ce point là, on est tous bien trop rookie n’est-ce-pas ! Note que je suis tout de suite moins bavard sur le sujet 😉

Comme tu le sais, on aime notre statut de débutant, de Rookie.
Pour nous, la force d’être novice c’est que l’on a tout à apprendre, à découvrir, à explorer. Et comme on le répète tout le temps, on a tous été un « bleu » à un moment donné. 

Tu peux nous parler de tes débuts à vélo, de comment tu as abordé ton premier voyage à vélo, qu’est-ce qui t’a séduit dedans ? Qu’est-ce qui t’as plu dans le cyclisme quand tu as commencé, qui te plaît toujours aujourd’hui ?

J’ai finalement commencé très tôt à rouler ainsi. Vers 14 ans je crois, j’étais parti avec deux amis jusqu’en Belgique en vélo, aller retour. C’était pas grand chose, l’affaire de quelques jours. Pourquoi ? Aucune idée. Ca sonne un peu cliché mais j’ai vraiment l’impression d’avoir ça en moi depuis toujours.

Et ensuite j’ai repris un peu plus tard, vers 18 ans. Et dans un camping, je me souviens d’une personne qui m’a beaucoup marqué sans le savoir. Un inconnu qui était assis à une table, penché sur une carte routière. Un corps affûté, la barbe blanche, le regard perçant. Et un silence régnait autour de l’étude de cette carte, comme s’il s’apprêtait à conquérir une quelconque Terra incognita. Comme si la richesse de notre existence se gagnait par une bataille constante. Et ce mec était en conseil de guerre avec lui même pour que demain soit un joyaux.
A cet instant précis j’ai cru voir la beauté du voyage à vélo. La simplicité, la rigueur, le silence, l’effort, le repos, l’ascétisme.
Et plus de dix ans après, je pense encore souvent à lui. Et ce qui me plaît aujourd’hui encore, ce sont les mêmes choses, les mêmes mots, les mêmes impressions.
Je vois en le voyage à vélo une manière follement romantique de vivre.
Et notre existence dans cette société profane a besoin de la poésie du quotidien qu’offre ce romantisme là.

Quel serait le ou les conseils que tu donnerais à quelqu’un qui hésite ou s’apprête à partir pour une aventure similaire à la tienne ?

Peut être simplement de cesser d’hésiter ! S’il y a hésitation c’est que l’idée a déjà bien trop germé, et qu’elle bataille surement avec la raison. Si envie il y a, il faut s’y frotter de près. Puis rien n’est immuable. On peut toujours essayer à petits pas, puis revenir lorsque l’on veut !

D’autant plus que contrairement à ce que les gens pensent, il ne faut pas une folle condition physique et un gros budget. Foncez !
 

Quel est le conseil que tu aurais adoré recevoir plus tôt ?

D’installer une application pour écouter des podcasts ! La route peut être parfois longue et ennuyeuse, et France culture rend les journées lumineuses quoiqu’il arrive.

Quel est le meilleur conseil que tu n’aies jamais reçu ? (vélo ou en général)

À vélo, c’est probablement un conseil sous forme de question : “T’as vraiment besoin de tout ça ?” Voyager léger c’est la clé !
Et le même conseil fonctionne en général, vivre léger c’est la clé hey hey !

Que t’évoque le mot “Rookies” ?

Tu veux vraiment savoir ? Dans une piscine vers Mombassa au Kenya on essayait de faire le plus grand nombre de passes avec un ballon avec un autre cycliste… Ça nous occupait des journées entières, de toute façon il faisait trop chaud pour sortir de la piscine. Puis, probablement fasciné, un mec à voulu se joindre à notre équipe. Tout nouveau dans le domaine de la passe en milieu humide nous l’avons surnommée “Le Rook’”. Mon père, qui était venu me voir, sirotait des cocktails à l’ombre en regardant le spectacle.
Voilà ce que le mot Rookies me rappelle. Un souvenir accompagné d’un large sourire car je me vois profondément heureux à cet instant précis.

Je crois qu’on est tous des Rookies, éternellement. 

Est-ce que tu peux nous raconter une anecdote ou tu t’es dis « Là je suis vraiment un Rookie »

Bonne question. Je crois qu’on est tous des Rookies, éternellement.  Chaque jour est bien trop donneur de leçon pour prétendre avoir un quelconque savoir. En tout cas je me vois comme un éternel rook’.
Cependant, si je devais choisir un moment, c’est peut être lorsque j’ai trop fait aveuglément confiance, plusieurs fois, et que quelques affaires ont disparus. “ Mec t’es idiot, tu le sais pourtant. Là t’es vraiment un Rook’ !”

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C’est la fin de ce portrait et nous laissons Clotaire reprendre la route.
À travers ces portraits, nous voulons vous montrer ce qui pousse ces aventuriers à faire le premier pas, le premier coup de pédale.
L’histoire de Clotaire est riche et passionnante, comme l’est celle de tous ceux qui partent à l’aventure. Un grand merci à lui de nous avoir envoyé les réponses à ces questions par mail.

www.lepedalistan.com
IG : @lepedalistan
FB : Le Pedalistan

Véritable "Outdoor Enthusiast" comme ils disent si bien. 📷Photographe et passionné de micro-aventure, je découvre avec bonheur sur le tard le bikepacking et le monde du Gravel. 🚴🏻‍♂️

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