Portrait : @DemaincVelo

On peut dire ce qu’on veut sur Instagram (et on a de quoi en dire) mais il arrive souvent qu’on y fasse de bonnes découvertes. Pas plus tard que la semaine dernière, je me suis aventuré dans la section “Explore” et je jonglais entre des photos de vélos, des vidéos de fixies au milieu des bois quand mon attention a été retenue par une image bien précise. 

La photo présente un couple de voyageurs à vélo posant devant leurs montures chargées de sacoches. Ils se regardent avec sourire pendant que la caméra, posée sur le sol, capture ce moment. Un cliché qui aurait pu passer rapidement sous mes yeux mais qui au final m’a complètement hypnotisé. Je m’attarde sur le plaisir qu’ont ces gens à être sur la route, à pédaler à travers le monde sans aucun autre but que celui de vivre leur propre aventure… La vérité c’est que j’aimerais être eux, j’aimerais vivre ce qu’ils vivent et… Ding Dong ! Je lâche mon téléphone car mon Delivroo vient de me livrer une pizza Hawaïenne, moi aussi je sais voyager. 

Quelques jours plus tard, je repense à cette photo et je décide enfin d’aller consulter leur profil pour voir qui ils sont et où ils sont. Il ne m’en fallait pas plus pour décider de cliquer sur “Contacter” et lancer une discussion avec eux. 

Clémence, Antoine, merci de prendre le temps de me répondre. Tout d’abord on aimerait en savoir plus sur qui vous êtes ? D’où vous venez et ce que vous faites dans la vie ? 

Nous sommes Clémence et Antoine et nous voyageons depuis mars 2020, nous venons du Nord-est de la France et nous avons vécu 6 ans à Lille avant de partir en voyage à vélo. Nous avons quitté notre job et notre appartement il y a 2 ans pour une durée indéterminée. Antoine travaillait en tant que commercial pour une marque d’outillage électroportatif et moi (Clémence) je m’occupais d’une filière de recyclage dans le secteur automobile. Nous avons économisé pour pouvoir partir longtemps, et sans date de retour précise. Et heureusement car avec la crise sanitaire, si nous avions seulement posé une année sabbatique, elle aurait été largement entamée par les confinements…

Quand avez-vous décidé de vivre cette aventure et comment ça s’est passé entre le moment où vous avez eu l’idée, l’envie et le jour où vous avez quitté la maison ? 

En août 2019 on a commencé à parler de voyage. On savait qu’on voulait partir longtemps, mais on ne savait pas comment. Le vélo s’est vite présenté comme une évidence : tous les deux cyclistes urbains depuis nos années fac, on a souvent imaginé partir à vélo, mais quand t’as que 5 semaines de congés, t’as du mal à en dédier 2 ou 3 à souffrir le cul sur une selle (enfin, ça c’était l’avis de Clémence…) 

Bref, en septembre 2019, on donne nos démissions, et on commence à tout acheter :  les vélos (en pièces détachées), la tente, les petits slips en mérinos ( c’est bien pour les odeurs). 

On a ensuite monté nos vélos dans un atelier collaboratif à Lille : “Les Mains dans le Guidon” (Big-Up à eux, s’ ils nous lisent!)). 

Le 1er mars 2020 nous étions dans l’avion pour Carthagène-des-indes en Colombie. Le projet initial de “Demain c’est vélo” : c’était de traverser l’Amérique Latine de Carthagène à Ushuaia. On projetait de le faire sur environ 9 mois sur 10000 / 12000 kms dans les Andes. 

Manque de bol, au bout de 20 jours en Colombie on a dû rentrer à cause du covid-19. 

Après un confinement en France chez la sœur de Clémence, on a saisi l’opportunité de travailler dans les vignes pour quelques semaines, histoire de renflouer les comptes, et de profiter de travailler au grand air. 

Tout cela nous amène donc en octobre 2020, nous décidons de reprendre la route sans savoir où aller, en étant un peu frileux d’un éventuel re-confinement…  qui a lieu un mois après! Cette fois on ne veut pas rentrer et on trouve un wwoofing dans une ferme à 1300m d’alt. dans les Alpes de Hautes Provence.

On redémarre vraiment le voyage en janvier 2021!

Notre devise est rapidement devenue : « Quand rien n’est prévu, tout est possible ! »

Qu’est-ce que vous cherchez à travers ce voyage et qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ? Une envie d’explorer le monde ? De rencontrer des gens ? 

On avait tous les deux fait des voyages de 1 mois maximum on avait toujours l’impression de courir après le temps c’est pour ça qu’on a voulu partir longtemps et à vélo car ça nous permet de ralentir. On a aussi été inspiré par des voyageurs qui étaient partis longtemps et à vélo.

Bien sûr on aime beaucoup rencontrer les gens à vélo et c’est beaucoup plus facile que en voyage en sac à dos en bus ou en van.

Le vélo ça permet aussi de se rapprocher de la nature et de nos sensations, tu sens, tu entends, tu vois! Quand on remonte en voiture on a l’impression d’être coupés de tout ça et que tout va trop vite.

Selon votre site, vous avez roulé plus de 45 000 kilomètres, visité 10 pays depuis presque 2 ans… Ça en fait un sacré tour. Comment avez-vous organisé votre parcours ? 

Ce site c’est Polarsteps ! Une application (trop bien) qui permet de faire un carnet de route et qui suit notre trace grâce au GPS du téléphone. Alors oui, les chiffres sont impressionnants (à l’heure où l’on écrit cet article, il indique : 685 jours, et 45904 km), mais ça prend en compte tous les trajets et pas uniquement les kilomètre pédalés : l’aller-retour en avion pour la Colombie, l’auto-stop pour Noël 2020 pour rejoindre nos familles, les ferrys entre les îles de la Méditerranée et le continent, l’avion entre la Turquie et l’Espagne… Bref, en réalité on a pédalé un peu plus de 16.000km à ce jour, on espère  arriver à 20.000 d’ici la fin de notre voyage. 

Après notre péripétie Colombienne, nous n’avons plus jamais organisé notre parcours. Comme on l’a dit, on est parti en temps de covid, on en avait marre d’avoir tout le temps nos plans annulés! On a donc décidé de partir en octobre 2020 vers le sud de la France puis on a fait la Corse la Sardaigne Italie la Grèce la Turquie avant d’être bloqué à nouveau par les frontières en Géorgie. Notre devise est rapidement devenue : “Quand rien n’est prévu, tout est possible” – bon pas toujours, mais au moins, ça réduit les risques de déceptions, et ça augmente le nombre de surprises. 

Et si c’était à refaire, vous feriez le même tracé où vous avez des pays que vous ne voudriez pas faire ? Des pays qui ne vous ont pas marqué et même déboussolé ? Et à l’inverse des pays inoubliables ? 

Si c’était à refaire… on referait exactement la même chose avec la possibilité d’aller en Iran et de continuer vers la route de la soie. On n’a regretté aucun des pays qu’on a visité, on a plutôt le sentiment inverse : on aurait voulu en faire beaucoup plus.. (On a beaucoup d’idées pour nos futurs voyages à vélo) 

Notre gros coup de cœur a été la Turquie, les paysages sont magnifiques et les gens sont adorables ! Il y a une culture de l’accueil très forte en Turquie, ça a été vraiment une superbe découverte, on a d’ailleurs été au bout de nos 90 jours de VISA.. Si c’était à refaire, on demanderait directement le VISA longue durée pour pouvoir continuer à visiter ce pays. 

La question peut paraître bête mais nous adorons les anecdotes. Alors quel est votre meilleur souvenir depuis votre départ et le pire bien entendu ? 

Meilleur souvenir : quand on a trouvé un four à pizza en Grèce et qu’on avait tout ce qu’il faut dans nos sacoches pour se préparer des calzones de folie ! En plus on a rencontré Maria, 73 ans, vanlifeuse (ouais, une campingcariste quoi!), qui nous a offert du pinard ! Et des Roumains venus faire un barbecue à côté qui nous ont offert des kilos de barbaque qu’on a intégrés dans nos calzones.  (Oui pour nous c’est la bouffe avant tout, on hésite d’ailleurs à se renommer “Demaincmanger”)

Meilleur souvenir bonus : avoir trouvé un billet de 5€, alors qu’on roulait sous la flotte, dans le brouillard, en Ardèche avec une température avoisinant les 1°c ! Rien de tel pour nous rebooster ! (On a un budget de 10€/jour/personne) 

Le pire, c’est quand on a dû avorter notre voyage en Colombie après seulement 3 semaines de voyage (dont une à chiller sur la côte Caraïbes et 2 à pédaler de la côte jusqu’aux débuts des Andes). La crise sanitaire commençait à battre son plein, alors l’ambassade de France nous a contacté (via le fil Ariane) pour nous recommander vivement de rentrer dès que possible en France. M***e, puta*n, fait ch*er ! Bon, bah… c’est tout, on commence à regarder les billets d’avion retour, et là ! SURPRISE ! Le billet d’avion Medellin – Paris pour une personne est affiché à 13.000€ ! Mer-vei-lleux ! 

Bref, après quelques jours les tarifs sont négociés entre Air France et l’Ambassade, ce qui nous permet de rentrer se confiner en famille (YOUPI). Après des aux revoirs hyper émouvants trois semaines plus tôt, nous voilà de retour à la maison comme des cons. DUR ! (Tu sens la haine ?) 

Il y a des moments où vous avez eu envie de rentrer ? Comment on gère la distance avec ses proches et le fait d’être tous les jours ensemble ? 

Oui parfois, quelques petits coups de mou principalement liés au fait qu’il est difficile de ne jamais trop savoir où l’on peut aller avec la crise sanitaire et les passages de frontières compliqués… On s’est parfois dit qu’on aurait dû attendre que tout ça soit derrière nous. Et puis, finalement, quand on pense à nos potes, famille, qui ont subi les confinements, télétravail et autres galères coincés chez eux. Franchement, on était bien peinards à bivouaquer seuls au monde.

Ce qui est difficile, c’est quand les proches ont des galères.. C’est déjà pas simple d’être loin de ceux qu’on aime, mais quand ils ont des galères, ou besoin d’aide, c’est franchement nul d’être loin et de se sentir inutiles. 

Je suppose que voyager pendant la Covid-19 ne doit pas être easy. Racontez-nous comment vous gérez cela ? 

On n’a pas vraiment géré, on a subi ! Entre les annonces de confinement, les nouvelles restrictions, les règles pour les passages de frontières.. les consignes pour les vaccinés, ou non vaccinés… Trop relou. On a fait un nombre incalculable de tests, certains avec option trifouillage de glotte, d’autres avec défonçage de cloison nasale.

Pour faciliter le voyage avec la crise, on a tout simplement décidé de ne plus planifier. Et de prendre quelques libertés : en Sardaigne, on a continué à rouler alors que les déplacements étaient interdits : on a surfé sur la vague du flou juridique : spot autorisé, et pas de maison donc compliqué de définir un cercle autorisé pour faire du sport autour d’un point précis.. On a été contrôlé plusieurs fois par la Forestale (Gendarmerie Italienne), et ils ne savaient pas trop quoi nous dire. Tant mieux. 

Niveau matériels, est-ce que vous pouvez très rapidement nous décrire ce que vous avez ? 

Oui, on a deux vélos et une tente – on peut pas faire plus rapide. Hahahahaha!

Bon, c’est bien parce qu’on kiffe notre matos qu’on vous détaille un peu plus : on a aussi 3 slips chacun (en mérinos) et 2 t-shirts (en mérinos). 

Il y a un objet ou un équipement que vous n’aviez pas pensé à prendre et qui maintenant vous semble indispensable ? ( vous pouvez répondre la crème pour les fesses… ahahahah ). 

Nos petites chaises, ahaha. (C’est justement pour préserver nos cuculs et éviter la crème) Non, mais tellement agréable.. après le plus dur, c’est d’en sortir le matin après le petit dej et se mettre en branle pour la journée. 

Et aussi l’appareil photo, au départ on se disait que nos téléphones suffiraient.. Mais au bout de quelques mois, investir dans un bel appareil ça fait trop plaisir, et puis avec les paysages qu’on voyait, c’était frustrant de ne pas pouvoir faire mieux qu’avec une caméra de téléphone. 

Maintenant si vous le voulez bien on va passer en mode Rookie. 

Vous avez une anecdote ou un souvenirs drôle où vous vous êtes dit : “Mince, je suis vraiment un débutant, un Rookie…” ?

En sortant de l’aéroport en Colombie, on n’avait encore jamais roulé avec les vélos chargés (on avait pas le temps de faire un test, et trop peur de se dégouter à quelques jours du grand départ) ! On ne savait pas que les cadres en acier qu’on avait choisis travaillaient autant (chargés ça bouge latéralement pour éviter la rupture du matériau) 

Ça nous a vraiment surpris et on pensait que quelque chose n’allait pas mais tout était normal! 

Ah oui, et la pompe qu’on avait ce jour là, etait toute cassée, alors on n’arrivait pas à gonfler nos pneus ! Nickel ahah

Quel est le meilleur conseil qu’on vous ait donné avant ou même pendant votre voyage ? 

Le pare-vapeur de toiture sous la tente pour éviter les crevaisons des matelas! C’est épais, pas lourd, ça ne coûte rien et les épines ne traversent pas! (Merci Nico!) On a fait un bivouac dans un verger jonché d’épines avec d’autres cyclos (Big up, Lestroisdopés !) en arrivant en Turquie et leurs deux matelas étaient à plat le lendemain matin alors que nous non!

Quel est le conseil que vous auriez aimé avoir plus tôt ? 

Faire le café la veille après les pâtes tant que le réchaud à essence est chaud! On le met dans la thermos, puis le thermos dans le duvet, comme ça le matin on ne doit pas allumer le réchaud et on a un café tout chaud!

On va finir sur une question ouverte mais qui pourrait être la plus importante pour nos lecteurs : Qu’est-ce que vous diriez à quelqu’un qui hésite à se lancer dans un voyage comme le vôtre ? 

VAS-Y, LANCE TOI! Physiquement c’est pas (trop) dur, le vélo est un sport pas traumatisant pour peu qu’on ait une bonne position et qu’on ne force pas trop. Ça coûte pas trop cher, on rencontre plein de gens, tout le monde est sympa avec des gens qui roulent sur des vélos de 50 kilos! (Et franchement, au pire si t’aime pas ! Bah c’est pas grave, au moins t’auras essayé ! Avoir le temps ça permet aussi de vraiment bien profiter de ce mode de voyage, si t’as 5 jours.. Ca peut vite être relou)


Encore un grand merci à Clémence et Antoine d’avoir pris le temps de nous faire voyager, et pour ceux qui voudraient continuer le chemin avec eux voici leur instagram :

Véritable "Outdoor Enthusiast" comme ils disent si bien. 📷Photographe et passionné de micro-aventure, je découvre avec bonheur sur le tard le bikepacking et le monde du Gravel. 🚴🏻‍♂️

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